Dans un Indonésie encore marquée par les séquelles d’un passé sanglant, Joshua Oppenheimer entreprend en 2013 un documentaire sur le massacre de 1965, lors duquel plus d’un million d’opposants politiques furent tués. Confronté au silence des survivants, le réalisateur découvre que les bourreaux, protégés par un pouvoir corrompu, s’expriment librement et proposent même de reconstituer les scènes de leurs crimes. Ce constat inédit ouvre la porte à une approche cinématographique sans précédent, où les anciens exécuteurs revivent leurs actes sous la caméra, avec une fierté troublante.
Ce documentaire, réalisé avec une rigueur et une audace exceptionnelles, plonge le spectateur dans un passé sombre et peu connu. Le ton est à la fois historique et anthropologique, mêlant témoignages choquants et réflexion sur la nature de l’acte de tuer. Le contexte politique et social de l’Indonésie des années 1960 est dévoilé avec une précision troublante, tout en laissant place à une analyse universelle sur la violence et la mémoire collective.
Joshua Oppenheimer, à travers des interviews intenses et des reconstitutions percutantes, met en scène des figures comme Anwar Congo, Herman Koto et Syamsul Arifin, qui incarnent à la fois les bourreaux et les acteurs de leur propre récit. Le film se distingue par sa forme innovante, qui transforme le documentaire en une expérience cinématographique inédite, à la frontière entre le récit historique et la mise en abyme.
« The Act of Killing - L'Acte de Tuer » s’inscrit dans la lignée des documentaires d’investigation profonde, proche des œuvres de Errol Morris ou de Ken Burns. Il s’adresse à un public sensible aux enjeux historiques et humains, cherchant à comprendre les mécanismes de la violence et de l’oubli.
